Archives de catégorie : Lecture

Titus n’aimait pas Bérénice

Titus n'aimait pas BérénisLe plaisir d’une lecture est certainement le meilleur remerciement pour celui qui vous l’a conseillé ou qui vous a offert le livre. J’ai adoré « Titus n’aimait pas Bérénice » de Nathalie Azoulai. C’était un cadeau de fête des pères et incontestablement un bon conseil du libraire à mes enfants. Au moment où l’on décide de faire disparaitre l’enseignement des lumières des programmes scolaires, c’est une lecture indispensable autant que salutaire. Au travers de la vie de Jean Racine, c’est près d’un siècle de littérature Française que ce livre nous fait traverser. Je suis immédiatement impressionné par l’énorme capacité de travail et l’étendue des connaissances de la littérature ancienne de ces auteurs Français du 17ème. Ils lisent, écrivent, apprennent, récitent encore et encore, comme un musicien ferait des gammes jusqu’au dépassement de la technique. Je suis englouti par les plongées de Racine dans les profondeurs de la langue, par son obsession des mots, de leur sens et de leur musique dans la gorge des actrices à qui ils les offre. Se rappeler ces auteurs, c’est se souvenir des fondements de la république en référence à cette période monarchique, dont certains des pires aspects rodent pourtant encore dans nos régimes actuels. A cette échèle du temps, c’est aussi, garder ouverte une fenêtre presque contemporaine sur l’histoire et les mythologies Grecque et Romaine. Oui j’ai adoré ce livre dont la qualité d’une écriture moderne, sert parfaitement la noblesse de ses origines bien plus anciennes et qui nous rappellent d’où l’on vient, comme pour nous aider à savoir où aller.

 

L’origine de nos amours

L'origine de nos amoursJe vole quelques dizaines de minutes à un début de matinée initialement prévu studieux, pour finir ma lecture. J’ai commencé « L’origine de nos amours » dans le train la veille et la nuit qui a suivi mon retour tardif a conservé intact mon désir de terminer cette conversation entre le père et son fils. J’aime l’écriture de Erik Orsenna. Les phrases courtes. Les mots simples et choisis qui nous emmènent en douceur dans la profondeur des sentiments qu’ils expriment.
Faut-il croire à l’existence d’une génétique de l’amour et à son caractère héréditaire ? Nos histoires d’amour ne sont-elles que la conséquence fatale de celles de nos ancêtres et de circonstances particulières ?
Le père en tout cas l’aura vécu comme une malédiction dont il cherche à protéger son fils. Dans cette mise en perspective du temps, s’installe alors un vrai dialogue entre le père et le fils, dont l’essentiel est néanmoins fondé sur le mensonge. Je suis tantôt l’un et tantôt l’autre, dans chacun des lieux qui sont mon quotidien, alternativement dans le souvenir d’avoir été le fils de mon père et dans la réalité de ma relation avec mes trois garçons.
Je ressens un vrai bonheur à projeter dans ma propre vie une relation devenue adulte avec mes enfants. La mort précoce de mon père m’en a sans doute volé l’essentiel. J’espère que la vie sera plus généreuse avec ma descendance, mais qu’à aucun moment je ne leur donnerai l’impression d’instrumentaliser leur vie pour « réparer » la mienne.

Le Roi René

le-roi-reneIl y a des biographies que l’on prendrait volontiers pour des romans. Celle de René Urtreger est tellement improbable, que l’on a du mal à croire que c’est la vraie histoire de cet immense pianiste de jazz bop et de ces contemporains les plus célèbres. En tournant les pages de « Le Roi René », je pense à ma lecture de « Charlotte » et au trouble que la cohabitation du meilleur et du pire avait fait naître en moi. Je crois que l’amplitude de l’histoire de ce juif ashkénaze d’origine Polonaise est plus intense encore.
Sa lecture me ramène à cette perspective de la bipolarité de chacun, qui fait de la détresse le tribut du sublime (et du travail). Comme si l’amplitude de la courbe du talent n’existait qu’au prix de son exact symétrique dans l’univers de la déchéance physique et psychologique. C’est une pensée dérangeante quand on sait qu’au premier rang du pire dans cette histoire aussi, figure celle de la Shoa. Quand s’y superpose l’ambiance particulière du milieu jazz professionnel d’après-guerre, on se demande si ces garçons et ces filles de 20 ans avaient la moindre chance d’y survivre sans leur égarement dans les limbes des drogues dures. Il faut absolument voir « Ray », « Bird », « Whiplash », lire le « Roi René » comme autant de témoignages sociologiques et civilisationnels de notre histoire proche. Je sais déjà à qui je vais offrir ce livre qu’un cousin musicien m’a recommandé. Merci Eric.

Et j’ai su que ce trésor était pour moi

Et j'ai su que ce trésor était pour moiIl est des livres dont on a envie de parler juste après avoir refermé la dernière page, de peur de perdre l’émotion dans laquelle ils nous ont emportés. C’est le cas de « Et j’ai su que ce trésor était pour moi » de Jean Marie Laclaventine. Je l’ai emmené en Suisse, je le lis avec infiniment de plaisir en quelques soirées dans un confort ouaté, face à la montagne enneigée.
Quel luxe que de pouvoir mettre son talent au service de son histoire d’amour ! Julia et Marc ont celui des mots et de l’écriture. Alors, ils se parlent, ils s’écrivent. Tantôt pour se dire comme ils s’aiment, tantôt pour le faire dire aux acteurs des scénarios qu’ils s’offrent l’un à l’autre. Dans ce rituel amoureux, où le faux se révèle toujours comme une métaphore sentimentale, leur histoire d’amour prend une forme de réalité augmentée.
Je vais laisser se dissoudre lentement la densité émotionnelle de ce roman que le faux quotidien et les chassé-croisés des personnages ne fait que renforcer. S’il faut partager des histoires pour se dire plus de ce que l’on ressent pour l’autre, alors à défaut de savoir les écrire, partageons celles écrites par d’autres. Partageons des livres, celui-ci absolument … et des fleurs de thé vert.

Cher Pays de Notre Enfance

Cher Pays de Notre Enfance «  Cher pays de mon enfance » chantait Charles Trenet dans une vision plus bucolique que celle, que nous offrent Benoît Collombat et Étienne Davodeau. Deux cent vingt pages de bande dessinée, illustrant une enquête journalistique approfondie sur les dérives du Service d’Action Civique, de la guerre d’Algérie jusqu’à l’assassinat de Robert Boulin et la tuerie d’Auriol.
L’ouvrage arrive anonymement dans ma boite aux lettres le jour de mon anniversaire. Pourtant l’attention est signée, Jean Marie me le confirmera quelques jours plus tard. Il sait que l’histoire de l’Histoire me plaira. Ce qu’il ignore sans doute, c’est que la carrière politique de mon père dans une petite commune, exposera notre famille aux mêmes menaces de barbouses que celles dénoncées par le livre.
Je revis donc un passage de mon enfance, au milieu des 4L, 2CV et autres tubes Citroën avec bonheur. Pourtant la dérive et l’infiltration mafieuse de cette queue de comète d’anciens réseaux de résistants et de militaires de la guerre d’Algérie m’interroge sur les avancées de nos sociétés dans ce domaine.
A l’ombre de la violence mondiale et des idéologies guerrières s’épanouissent sans doute plus que jamais de puissants réseaux mafieux mondialisés. Des affaires sont toujours enterrées, des juges toujours assassinés, sous les yeux d’un pouvoir politique qui, s’il a légalisé le financement de ses partis, n’en a pas pour autant et bien au contraire, moralisé la vie politique.

L’élixir d’amour

L_ELIXIR_D_AMOUR_jaqu_Mise en page 1C’était un matin. L’un de ceux de la trêve des confiseurs, qui offrent aux esprits insomniaques le plaisir d’un vagabondage. Le mien s’interrogeait sur l’existence d’un déterminisme amoureux jusqu’à ce que le réveil d’une maison familiale le fasse sortir de sa rêverie.
J’y suis pourtant ramené quelques jours plus tard, en parcourant par hasard la table des nouveautés d’une librairie Parisienne. « L’Elixir d’Amour », de Eric Emmanuel Schmitt tombe sous mes yeux et me ramène à cette interrogation. Je l’achète et le réserve pour un voyage en train du lendemain.
Je pousse chaque page de cette conversation amoureuse, comme l’on tourne la tête machinalement pour regarder une balle s’échanger de chaque côté d’un filet. Les mails se répondent par-dessus l’océan. Le jeu est de qualité. Les effets cachés dans les messages de l’un et de l’autre ne se révèlent souvent qu’à la fin de l’échange, jusqu’au dénouement ultime qui s’esquisse peu à peu.
Tout au long des quelques pages de ce petit cahier, Eric Emmanuel Schmitt offre son talent d’écrivain à ces deux personnages. Mais les clés de cette mathématique au service de l’alchimie des sentiments, ne me priveront sans doute pas du plaisir d’un nouveau vagabondage, ni de celui de cette écriture-là.

Un Amour Impossible

Un Amour ImpossibleJ’avais envie de lire un roman d’amour. Je vais à la FNAC, je choisi un titre en tête de gondole. « Un amour impossible » de Christine Angot. N’est-ce pas là la promesse de quelque chose d’extra-ordinaire ? D’une transcendance ? J’en fais le pari, je l’achète. Je le lis rapidement. D’abord la rémanence du traumatisme de la deuxième guerre mondiale me prend aux tripes. Elle a modelé des êtres d’une sensibilité supérieure ; à la fois prôches de l’essentiel et en même temps tellement vulnérables. C’est cette frontière qui se traverse au milieu du livre avec une brutalité semblable à celle dont sont capables les prédateurs humains. Quand l’histoire de ce qui n’aurait pu être qu’un non amour au service d’un narcissique, devient celle des ravages d’un pervers, les pages dont la lecture me bouleverse, se succèderont jusqu’au terme de l’histoire.
Je suis sonné. Profondément interpelé par la complexité des rapports mère-fille, par la fragilité des enfants et la responsabilité de parent. Je laisse passer du temps après avoir fermé le livre. Au fond, je crois avoir détesté cette histoire autant que j’ai adoré la lire… et la partager.

 

Le vieil homme et la mer

le-vieil-homme-et-la-merCe livre n’était pas pour moi. Celui que j’avais emporté pour ce voyage en train est dans une valise, au fond du caisson à bagages largement encombré. Mon fils Arthur a été plus prudent. « Le vieil homme et la mer » était dans son sac à dos. A la fin d’un magazine, je lui empreinte finalement. Je ne me rappelle pas l’avoir lu. Rapidement l’ondulation du TGV se confond avec la houle de l’océan, les heures passent comme les jours et les nuits jalonnent le noble combat entre le pécheur et son poisson.
Dans ce récit d’un autre espace-temps, l’histoire de ce duel solitaire est simplement exceptionnelle. Pourtant ce qui m’interpelle dans ces images de cinéma, c’est bien la capacité ordinaire de ce vieil homme à sa propre transcendance. Les circonstances ne révèlent rien d’autre de cet homme que ce qu’il était déjà : un homme fort, rempli de la force de son âme, de celle qu’elle lui donne encore jusqu’au bout des doigts de son vieux corps.
En fermant la dernière page, j’étais heureux que mon fils de douze ans ait mis ce livre dans sa liste de lecture. J’étais content de penser qu’il y trouverait de belles et nobles valeurs.

L’enfant de Noé

Lenfant-de-Noé

J’aime lire Éric Emmanuel Schmitt. Madita le sait. Elle m’offre « l’enfant de Noé ». Je le lis au Portugal. Dès les premières pages, j’ai l’espoir que l’horreur de la Shoa sera moins cruelle dans les yeux remplis de naïveté et de tendresse de cet enfant de huit ans. Finalement je crois que c’est pire. Comment peut-on comprendre ce qui est si évidement incompréhensible à ce jeune esprit que la vie n’a pas encore pervertie? Apprendre à mentir, à se cacher, à cacher une vérité dont on se sait jamais ce qu’elle porte de mal, mais dont on doit se convaincre à chaque instant de la dangerosité sans jamais en comprendre les raisons.
Un prêtre qui s’applique à être juif, un enfant juif qui voudrait être catholique. Dans cette forme de neutralité religieuse se crée une belle rencontre entre un adulte et un enfant. Elle dit le sens de l’humanisme et de la bienveillance dans les relations entre les Hommes, pour lesquels cette période de notre histoire n’aura pourtant eu que peu de considération.
Merci Madi, c’était une belle lecture.

Les Cent Deniers Jours

Les Cent Deniers Jours

Je referme la dernière page du livre. Ma curiosité initiale s’est transformée en un sentiment particulier et plaisant : celui d’avoir vécu un peu plus de mon époque. « Les cent derniers jours », ce sont ceux de Ceausescu, qui en décembre 1989 s’achèveront pour moi sur un écran de télévision. Je revois les étranges images du procès, de l’exécution, puis le souvenir de ces enfants montrés nus et entravés dans ce qui se révèlera n’être qu’une sinistre mise en scène. C’est une ambiance de Noël où le deuil de mon père rode encore. Ces images éveillent ma conscience politique de jeune adulte. Ce livre, dont j’entends la critique sur une radio culturelle un matin, me prend à cet endroit et m’emmène en Roumanie. Je tourne les pages et l’immersion devient totale. Je parcours Bucarest, ses perversions et ses trésors, animé de l’esprit initiatique d’un coopérant, avec ce même mélange de ferveur et de distance. Je suis abattu en découvrant inexorablement l’extrême folie de ces Hommes de pouvoir et la perversion du système qui les protège. Il fait de tout inconnu, de son voisin, de son ami, un danger potentiel. Ne pas sombrer dans la résignation devient héroïque, l’ordinaire sublime ; souvent au bout d’un effort démesuré. En refermant ce livre, je me demande combien d’autres livres il faudra écrire pour témoigner de la difficulté d’une nation, de ses hommes et ses femmes à conquérir, mais aussi à réapprendre la liberté. Bien sûr nous vivons dans un pays magnifique et libre. Mais que savons-nous vraiment de ceux qui nous gouvernent ? De leur sens de l’intérêt général sur l’intérêt particulier ? Quand je quitte Bucarest au bout de cette belle traduction, je me promets la plus grande vigilance, pour que les circonstances de mon époque n’hypothèquent jamais celle de mes enfants.